Un irréductible dans l'espace

Un succès plus que planétaire!

Des bulles pour réflechir
3 min ⋅ 01/12/2025

Qui ne connait pas les aventures d’Astérix, cette série ultra populaire où un petit village d’Armorique lutte encore et toujours contre l’envahisseur romain ? La collection, lancée en octobre 1959 en star du mythique journal Pilote par les géniaux Goscinny et Uderzo, rencontre un incroyable succès depuis plus de 60 ans, s’exporte à l’étranger, est traduit dans un nombre incalculable de langues et a une aura dépassant largement celle de la bande dessinée elle-même. Outre les innombrables produits dérivés ou bien encore les films (dessins animés ou longs métrages classiques), Astérix donne aussi son nom à un parc d’attractions, mais pas que…

               Il ne faut pas être Cassandre pour avoir la certitude que la meilleure vente de BD de l’année 2025 sera Astérix en Lusitanie, dernier opus de la série phare du 9ème art français. Mais le petit guerrier gaulois n’est pas sous les feux de l’actualité uniquement grâce à ce triomphe annoncé. Il fête en effet, en ce mois de novembre 2025, un anniversaire important : celui de la mise en orbite du premier satellite français… qui porte son nom ! C’est effectivement le 26 novembre 1965 qu’a été lancé dans l’espace « Astérix », depuis la base d’Hammaguir, en Algérie. A l’époque, cet accomplissement fait devenir la France troisième nation mondiale, après l’URSS et les Etats-Unis, et grande puissance spatiale, capable d’effectuer une mise en orbite de manière autonome. Le déploiement d’Astérix n’est cependant pas un succès isolé pour la France de l’après-guerre, qui connait un rebond économique depuis 1945, bien qu’elle soit sortie du conflit avec le statut mitigé de vainqueur sans lauriers. Connaissant la croissance des trente glorieuses, la France – qui avait réussi à obtenir un des cinq sièges du Conseil Permanent de l’ONU en 1945 – n’avait pourtant pas pour autant retrouvé son aura diplomatique, militaire et stratégique mondial. Cet allant et cette volonté de (re)devenir une puissance indépendante, nous les devons, évidemment, au retour du Général de Gaulle aux affaires.

               La volonté de ne pas voir la France s’aligner sur l’un des deux blocs – américain ou soviétique – est décidé par de Gaulle à sa première prise de pouvoir, en 1944. Pour lui – un militaire, ça ne s’invente pas ! – l’indépendance et la puissance devaient provenir de la défense nationale. Dès octobre 1945, soit deux mois après les bombardements à Hiroshima et Nagasaki, le chef du Gouvernement Provisoire décide de la création du « Commissariat à l’énergie atomique » (CEA) dont l’objectif est de « faire face aux pressantes nécessités d’ordre nationale et internationale ». En un mot, pouvoir se défendre de façon autonome avec une arme de dissuasion dont la France gèrerait, du début à la fin, l’intégralité du processus, de la construction d’une bombe nucléaire à l’éventuelle décision d’y recourir. Malgré les critiques, le programme atomique est maintenu et devient même prioritaire après le retour aux affaires du « premier des français » en 1958. Le « little boy » français nommé « gerboise bleue » est testé avec succès dans le Sahara le 13 février 1960. Ce premier essai atomique réussi marque le début concret d’une politique de défense autonome pour la France.

               Mais ce n’est qu’un premier pas qui devra être poursuivi, et en précéder bien d’autres, dans l’esprit du solitaire de Colombey. Ayant constaté les débuts du Spoutnik soviétique et le lancement de la NASA outre-Atlantique, de Gaulle décide de la création d’une agence spatiale française : le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) est ainsi fondé le 19 décembre 1961 avec pour objectif d’élaborer et mettre en œuvre le programme spatial national. Le Général étant convaincu que la réussite de la France ne pouvait que reposer sur une politique de défense offensive et moderne, un ministre d’état chargé de « la recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales » est nommé dans le premier gouvernement Pompidou d’avril 1962 en la personne de Gaston Palewski, diplomate de formation.  Il ne faut donc ensuite que quatre ans pour mettre sur orbite le premier satellite français, lancé grâce à une fusée « Diamant », française elle aussi.

               Mais pourquoi avoir nommé ce satellite « Astérix », sachant que son nom de code – largement moins divertissant – était « A1 » ? Le fait que le personnage – qui en 1965, avait déjà connu un succès fulgurant – soit un irréductible gaulois ne voulant pas s’aligner sur un mode de vie venu d’ailleurs et encore moins renoncer face à l’envahisseur n’est sans doute pas étranger à ce nom… Notons par ailleurs que le premier satellite lancé par la fusée Ariane en décembre 1979 s’appelle… Obélix ! Idéfix, quant à lui, n’est pas loin non plus, car c’est le nom d’un pico-satellite (soit un petit satellite captif se présentant sous la forme d’un boitier attaché sur une fusée Ariane) établi par une association de radio amateurs en 2002 et lancé dans l’espace à cette même date !

               Mais d’ailleurs, le général n’aurait-il pas pris lui-même la décision de nommé A1, Astérix ? En effet, malgré son apparente froideur, le grand homme n’en était pas moins connaisseur de BD, lui qui a déclaré que son seul rival international était… Tintin ! Le monde de la BD est – sans doute – encore plus universel qu’on ne le croit !

Des bulles pour réflechir

Par Mathieu Depit

À propos de l’auteur de Des bulles pour réflechir … Grand lecteur de BD depuis qu’il est en âge de lire, Mathieu est chroniqueur sur le site “Les amis de la BD” où il commente l’actualité du 9ème art et interviewe scénaristes et dessinateurs.