Tant qu'il y aura des trains

La voie de nos rêves est toujours bonne à prendre !

Des bulles pour réflechir
3 min ⋅ 15/12/2025

Olivier Rameau est sans doute une des séries les plus poétiques et les plus étranges de la bande dessinée classique. La collection raconte les tribulations d’un jeune clerc de notaire rêveur – Olivier Rameau – qui, un jour, rejoint le monde merveilleux de Rêverose où il vivra des aventures incroyables et mouvementées auprès de truculents personnages. Il y rencontrera aussi la fille de ses rêves, la jolie Colombe. Olivier Rameau, en plus d’être une série importante du 9ème art, a permis de révéler le génial dessinateur Dany. Le scénariste des albums, Greg, a raconté qu’il a eu l’idée de créer cet univers un dimanche où, se promenant dans la campagne, il a trouvé d’anciens rails désaffectés. Il s’est alors demandé quel train pouvait passer par là et où l’emmènerait ce chemin de fer…

               Les trains, dans la vraie vie, c’est-à-dire « dans le monde où on s’ennuie », dixit Olivier Rameau, quels qu’ils soient, ne mènent pas à un monde merveilleux, loin s’en faut ! Pour quiconque habite dans une grande agglomération, et a fortiori en région parisienne, ils font partie intégrante du quotidien, et ce, dès le petit matin. Et certains réveils sont parfois plus gris que d’autres. Au moment d’entrer dans les transports en commun, à l’image d’Olivier, beaucoup se réfugient dans leurs pensées pour rêver à autre chose, voire à une autre vie. Pensait-on, enfant, avoir cette existence faite de foule dans un métro bondé, dans un train bruyant, dans un RER froid, avant d’arriver dans un bureau impersonnel pour travailler à des tâches pas toujours passionnantes ?

               Rêver, mais à quoi ? Il est étonnant de voir que dans les sondages, les français vivent souvent dans le regret, ou plutôt les regrets. Et les principaux regrets sont de ne pas savoir jouer d’un instrument de musique, de ne pas maitriser un ou des sports et de ne pas savoir parler plusieurs langues étrangères. Ces regrets, déjà bien pesants, s’étendent souvent à la sphère professionnelle. N’entend pas régulièrement, dans notre entourage, des réflexions comme « Ha ! Si j’avais su, si j’avais eu le courage, si je m’étais motivé, je serais devenu chercheur, styliste, médecin ? ». Ou bien « Avec un peu plus de chance, j’aurais été grand industriel, patron, star du cinéma ». Et aussi « Avec de l’audace, j’aurais pu faire député, écrivain, grand homme de média ». Que de phrases lancées, peut-être s’approchant d’une certaine vérité, peut-être dans un total déni et une idéalisation de nos capacités, de notre passé, mais en tout cas le plus souvent, dans le vent.

               Car justement, ces phrases sont-elles destinées à rester lettres mortes, à devenir des propos presque rassurants pour se complaire dans l’inaction et à se plaindre d’un destin qui, finalement, a décidé de ne pas jouer en notre faveur et de ne pas aligner les planètes pour nous ? L’heure du choix, si elle s’est peut-être (sans doute ?) présenté un jour, pendant nos études ou au début de notre vie professionnelle peut toutefois revenir si on la provoque, ou plutôt si on provoque la chance qui la fera revenir. Combien de français décident de tout recommencer ? Peu. Mais pourquoi ? Dirait-on la même chose ailleurs, sans même penser aux USA où changer radicalement son existence n’a rien de vraiment original ? Sur l’horizon qu’est le futur, plusieurs voies s’offrent à nous. Essayer d’en prendre une, à n’importe quel moment qui, du moins d’après nous, nous portera vers le bonheur est-il une faute, une erreur ?

               A chacun de voir et de se faire confiance. Décider de prendre un train pour une nouvelle vie peut être excitant ou tout simplement salvateur, mais peut-être aussi terrifiant. Mais, après tout, certains pourraient – et préfèreraient – se réfugier dans le rêve, qui les évadera au moins momentanément du quotidien. A l’image d’Olivier Rameau, prendre un billet pour notre Réverose à nous n’est-il pas déjà un but, un objectif ? Comme Johnny Hallyday, sur des paroles du grand Philippe Labro, l’a chanté « Tant qu’il y aura des trains qui s’en vont au loin, je sauterai dans leur fourgon, sans explication ». Alors, sautons aussi dans un train, si tant est qu’il nous entraine vers la destination souhaitée, celle de nos rêves, dans tous les sens du terme !

Des bulles pour réflechir

Par Mathieu Depit

À propos de l’auteur de Des bulles pour réflechir … Grand lecteur de BD depuis qu’il est en âge de lire, Mathieu est chroniqueur sur le site “Les amis de la BD” où il commente l’actualité du 9ème art et interviewe scénaristes et dessinateurs.