Des fenêtres à ouvrir !
Don Bosco, album écrit et dessiné en 1941 par Joseph Gillain, dit Jijé, n’est peut-être plus vraiment connu des aficionados du 9ème art, mais a été un vrai best-seller à sa sortie et a même fait l’objet d’un remake, par le même auteur, un peu avant les années 50. Cette bande dessinée raconte la vie et l’œuvre de Jean Bosco, prêtre italien de l’Italie du 19ème siècle, qui a œuvré tout au long de son existence à éduquer les jeunes délinquants et à les faire revenir dans le camp du bien. Don Bosco fait partie d’une tendance portée par Jijé au milieu du 20ème siècle : celle de la biographie des grands noms du catholicisme ; le dessinateur ayant produit des albums sur Baden-Powell, Bernadette Soubirous ou bien encore Charles de Foucauld.
Ces grands personnages de l’histoire, presqu’autant que leurs biographies illustrées par Jijé, ont été peu à peu oubliés du grand nombre à mesure que le catholicisme et ses traditions ont été dilués dans d’autres. Pourtant, en ce début du mois de décembre, il est un jour, un moment, même une période qui n’a pas été oubliée, et dont même la définition est connue de tous ou presque, c’est la période de Noël. Dès la fin novembre, les villes, grandes ou petites, se sont parées de toutes les lumières tandis qu’au même moment, les logements des particuliers s’habillaient de guirlandes, étoiles ou du fameux sapin. Si chacun, qu’on ait une religion ou non, connait Noël, on en connait aussi tous les emblèmes, ancrés dans nos cerveaux depuis la prime enfance. Qui ne sait pas qu’à Noël, on décore un arbre, les Eglises se parent d’une crèche, on mange des papillotes, une dinde, une buche ou des clémentines, on fait des cadeaux ou on se les fait offrir par un vieil homme sympathique à la longue barbe blanche ? Si on connait spontanément l’histoire ou la symbolique de certaines de ces traditions – la crèche pour la naissance de l’Enfant-Jésus, la légende urbaine du Père Noël vêtu de rouge à cause de Coca-Cola – on n’est pas forcément au courant de tout et notamment d’une tradition qui connait, depuis une vingtaine d’années, un second souffle largement supérieur au premier.
Cette tradition, c’est celle du calendrier de l’Avent. Chaque jour, du 1er au 24 décembre, les enfants (et pas que…) vont ouvrir les cases d’un objet supposé matérialiser le compte à rebours avant le réveillon de Noël pour y découvrir, dans la grande majorité des cas, un chocolat ou une friandise. Mais finalement, pourquoi fait-on cela et qu’est ce que cela représente réellement ? Intéressons-nous d’abord à ce nom bien étrange d’« Avent ». Même si on aurait tendance à penser que l’Avent signifie « avant Noël » - ce qui, en pratique, est vrai – étymologiquement, Avent signifie Arrivée. Comprenez, les différentes arrivées de Jésus : sa naissance (célébrée à Noël, donc) et l’autre arrivée de Jésus… à la fin des temps ! L’Avent a été instaurée par l’Eglise au 6ème siècle par le pape Grégoire Le Grand et était à l’époque une sorte de Carême d’avant Noël, on y jeunait d’ailleurs au même titre qu’avant Pâques. Voilà pour l’Avent, mais quel rapport avec un calendrier dont on ouvre, jour après jour, toutes les cases ?
Commençons par dire qu’au 14ème siècle, les règles strictes de jeûne furent abandonnées et que l’Avent est une notion qui devient seulement datée : il va du 4ème dimanche avant Noël, jusqu’à la date dite, soit au 25 décembre. Au fil des siècles, Noël a fini par représenter un moment d’espoir, de communion et finalement, de joie, particulièrement pour les enfants. Nos petites têtes blondes étant, déjà dans le passé, caractérisées par une certaine impatience, il fallait donc les calmer un peu avant d’arrivée à Noël et, au 19ème siècle, les allemands ont inauguré la tradition de donner, chaque jour de l’Avent… une image pieuse aux enfants pour les récompenser d’attendre sagement Noël. Cette tradition étant devenu populaire, un éditeur a proposé, au début du 20ème siècle, de remplacer les images pieuses par des petits dessins colorés ressemblant plus à moins à des cadeaux. Dès lors, l’aspect religieux de l’attente de Noël est un peu mis de côté, et, dès les années 1920, des calendriers commerciaux sont proposés aux jeunes et à leurs parents.
Dès lors, l’évolution des calendriers de l’Avent est en marche et, à l’orée des années 60, les chocolatiers se mettent sur le coup de ce lucratif marché pour proposer leur propre calendrier. L’évolution est fulgurante, même si en France, elle peine à s’ancrer dans le paysage. Un grand boom des calendriers se produit après l’an 2000 et on peut maintenant trouver toutes sortes de calendriers allant des chocolats aux petits jouets, parfums, alcools, et même… sex-toys ! Finalement, c’est le calendrier originel, avec ses images pieuses qui devient la vraie rareté… Certaines familles décident aussi de créer leur propre calendrier ; je suis d’ailleurs l’heureux possesseur d’un calendrier de l’Avent fabriqué par ma femme où, chaque jour, je découvre une citation qu’elle a choisie de me faire découvrir !
Bon Avent à tous et donc, bonne ouverture des fenêtres de vos calendriers !