Les mystères du ciel

Qu'est-il arrivé? Des questions, mais pas de réponses...

Des bulles pour réflechir
3 min ⋅ 22/12/2025

Natacha est une héroïne emblématique de la bande dessinée. Apparue en 1970 dans Spirou sous les pinceaux du talentueux François Walthéry, Natacha est employée par la compagnie aérienne « Bardaf » en tant qu’hôtesse de l’air. Accompagnée du steward Walter et du commandant Turbo, ce personnage tout en charme(s) vit de fantastiques et divertissantes aventures, que ce soit à bord d’un avion ou dans les contrées lointaines où son métier l’envoie. Où qu’elle soit, la belle héroïne n’est jamais en manque de sensations fortes.

               Des aventures et des sensations fortes, les voyages peuvent bien sûr en provoquer, même si certaines laissent, à la place de l’adrénaline et du bonheur, un goût de larmes et de sang. C’est le cas du fameux vol MH370 de la Malaysian Airlines, mystérieusement disparu le 8 mars 2014. Les 239 passagers partis de Kuala Lumpur ne sont en effet jamais arrivés à Pékin – leur destination – et, à ce jour, aucune trace ni indice sur leur sort n’a été trouvé. Le 3 décembre dernier, les autorités malaisiennes ont annoncé une reprise des recherches sous-marines par la société Infinity, prévue pour ce 30 décembre. Parviendra-t-on à enfin retrouver la trace de cet avion qui s’est abimé sans explications ? Pourra-t-on enfin savoir ce qu’il est advenu de tous ces voyageurs attendus par des familles et des amis qui ne peuvent complètement faire le deuil de ces 239 hommes et femmes, évanouis dans le Sud Est asiatique, telles des ombres ? Mais si ce mystère a choqué et tient encore en haleine les foules, il n’est qu’un exemple parmi la multitude proposée par les voyages aériens.

               En effet, bien avant le drame du vol MH370, d’autres incroyables évènements ont ponctué l’histoire aéronautique. Nous pouvons, par exemple, nous arrêter sur la disparition des passagers du vol C-124 Globemaster en 1951 pour nous convaincre que l’impensable ne date pas d’aujourd’hui. L’étrange aventure du vol C-124 commence le 21 mars 1951, quand un Globemaster – volumineux avion servant pendant la guerre froide à transporter tous les éléments volumineux de l’US Air Force – quitte la base de Walker, au Nouveau Mexique, pour rejoindre l’Angleterre. Lors d’une escale en Louisiane, un détachement militaire mené par le brillant et renommé général Cullen embarque à bord de l’engin, comme prévu. Après une dernière escale sur le sol américain à Loring (Maine, en Nouvelle-Angleterre, au Nord Est des USA), l’appareil s’envole au-dessus de l’Atlantique. Pendant la nuit du 23 mars, alors même qu’il venait de contacter un navire relais britannique, le vol C-124 – apparemment victime d’un début d’incendie – lance des appels de détresse et tente un amerrissage, à environ 1000 kilomètres des côtes irlandaises. L’opération est parfaitement réussie, l’avion ne coule pas et les passagers sont évacués sur des canots prévus à cet effet, achalandés en nourriture, vêtements et équipements de détresse. Prévenue, la Royal Air Force dépêche un appareil qui localise les naufragés et reste sur place dans les airs en attendant les navires de secours. A court de carburant, cet avion rebrousse chemin. A priori, même si les secours tardent à arriver, plus de peur que de mal pour les rescapés du vol C-124.

               Lorsque les navires « Rescue » arrivent enfin, après une très longue attente, on est déjà le 25 mars. Ceux-ci, ayant pourtant rejoint les coordonnées exactes du sinistre ne trouvent absolument rien. Aucune trace des passagers du vol C-124. Après plusieurs jours de recherche, tout juste récupère-t-on un radeau de sauvetage complètement vide et quelques morceaux de bois. Aucun des 54 passagers n’est localisé, pas plus que leurs effets personnels. Après plus d’un mois sans aucune nouvelle, il faut se rendre à l’évidence : l’équipage et les voyageurs sont introuvables ; ils doivent être déclarés disparus et présumés morts.

               Qu’est-il arrivé à tous ces militaires ? Comme toujours, sans réponse fiable et vérifiée, les spéculations les plus diverses sont de mise. En 1951, la guerre froide faisant rage, un sous-marin russe a-t-il profité de cet accident pour récupérer de force les passagers, et notamment le général Cullen, spécialiste des armes atomiques et connaisseur de plusieurs dossiers « secret défense » ? L’avion transportait-il un mystérieux chargement que des pirates du ciel ou de la mer ont subtilisé ? Et finalement, malgré l’importance des hommes voyageant sur ce vol, pourquoi les secours ont mis un temps considérable à arriver sur place ? Aussi, pourquoi l’avion a-t-il connu un incendie, le matériel de l’US Air Force étant – à l’époque – à la pointe du progrès ? Plus de 70 ans après ces faits incroyables, personne n’en sait rien. La piste d’un sabotage ou d’une taupe – directement dans l’avion ou dans l’équipe de secours – a été évoqué, mais autant impossible à prouver qu’à réfuter. Certains farfelus ont même suggéré un coup… des extraterrestres (!), le Globemaster ayant décollé de la base de Walker au Nouveau-Mexique, non loin de la ville de Roswell où une soucoupe volante se serait écrasée en 1947…

               Chacun s’accorde – à juste titre – à dire que ces évènements inexpliqués, le vol C-124 de 1951 ou bien le MH370 de 2014, sont des drames dont les proches des victimes ne peuvent entièrement se remettre, étant donné qu’un immense point d’interrogation les empêche de savoir ce qu’il s’y est réellement passé. Heureusement, afin de rendre moins lourds tous ces imposants mystères de l’aviation, la fiction, que ce soit par le biais de la jolie Natacha ou par d’autres, peut s’en emparer pour nous faire réfléchir, mais aussi nous distraire.

Des bulles pour réflechir

Par Mathieu Depit

À propos de l’auteur de Des bulles pour réflechir … Grand lecteur de BD depuis qu’il est en âge de lire, Mathieu est chroniqueur sur le site “Les amis de la BD” où il commente l’actualité du 9ème art et interviewe scénaristes et dessinateurs.