Des êtres extraordinaires

Toujours là, irremplaçables !

Des bulles pour réflechir
3 min ⋅ 03/11/2025

Thorgal est, depuis sa création en 1977 par Van Hamme et Rosinsky, l’un des personnages de bande dessinée les plus populaires pour les fans du 9ème art. Fort, courageux, valeureux, celui qui cherche sans réel succès à vivre une existence tranquille et apaisée au pays des Vikings a l’étoffe du parfait héros. Il ne faudrait cependant pas oublier que « l’enfant des étoiles », comme on l’appelle, trouve sa force dans l’amour que lui porte ses enfants, Jolan et Louve, et Aaricia, sa douce femme, bonne épouse, maman courageuse, compréhensive et aimante.

               Les mamans ! On y pense souvent, elles sont tout le temps dans nos têtes, nos cerveaux, elles qui nous ont faits, façonnés, livrés au monde ! Et on n’en profite pas assez… Pourtant, on aimerait, mais il y a toujours un évènement, une histoire, un impondérable, une urgence ou, tout simplement les aléas de nos propres vies qui font que nous ne les voyons ou appelons pas aussi souvent que nous le voudrions et le devrions.

               Qu’est ce qui, depuis la nuit des temps, relie un enfant à sa mère, quel que soit son âge ? La relation avec une maman est en effet unique, inédite et non substituable. Elle diffère de celle qu’on a avec le père, souvent plus dure, faite d’autorité, de petites appréhensions, de rigueur et de sérieux, au moins pour ceux qui, comme moi, ont passé la quarantaine. Bien sûr, on respecte aussi sa mère qui peut, comme le père, être une forte et imposante personnalité dans la famille. Mais il y a un plus. Un petit quelque chose qui s’ajoute à tout cela. Ce petit quelque chose est fait d’une tendresse et d’une délicatesse qu’elles seules peuvent apporter. Qui n’a pas le souvenir de tendres câlins maternels le soir au coucher ou après un chagrin d’enfant ? Même dans les passages les plus sombres d’une vie, on se réfère à notre premier étalon, premier modèle, à celle à qui on a très tôt prêté toutes les qualités, les connaissances, à celle qui sait nous féliciter, à celle qui sait comment mettre un peu de bleu dans notre ciel lorsque celui-ci est bien noir : la mère.

               Mais une mère n’est pas seulement une maman, c’est la leçon que reçoivent tous les enfants quand ils grandissent. Une mère restera, pour sa descendance directe, une inconnue, dans le sens où elle est avant tout une femme et a donc, à ce titre, une part de mystère. Chacun le perçoit et le vit comme il l’entend, mais ce mystère est amené à rester entier. Celle à qui on tient le plus, la personne qui nous a mis au monde doit garder sa part d’intime pour rester l’être extraordinaire (dans le sens « qui n’est pas ordinaire ») qu’elle est depuis notre naissance. Qui voudrait en effet découvrir le passé ou les secrets de sa mère sachant que, et c’est évident et normal, certains ne seraient pas reluisants ? Qui voudrait découvrir que les cachoteries ou les actes de celle à qui on se référait lorsqu’on était trop jeune pour se référer à nous-mêmes ont pu parfois blesser, faire du mal ou engendrer la tristesse quelque part ?

               Du gamin ayant peur de se faire disputer en ramenant une mauvaise note au jeune adulte appréhendant de présenter celle qu’il a choisi pour compagne, les avis, réactions et opinions de ma mère ont jalonné ma vie, même si je n’ai pas toujours suivi ses idées et conseils. Plus on vieillit, et plus l’hypothèse de voir sa mère, sa maman, sa génitrice, celle qui est là même quand elle n’est pas là, celle qui nous guide inconsciemment, nous laisser seuls pour le temps qu’il nous reste. C’est une motivation – s’il en fallait une ! – pour en profiter, échanger, discuter, passer du bon temps avec elle. Les mamans, ça ne se remplace pas !

               Si Aaricia, dans Thorgal, lutte pour le bien de ses enfants, parfois même physiquement, au mépris de sa propre vie, qu’elle donnerait sans aucun doute pour eux, la vie réelle montre – avec moins de cette force dramaturgique propre aux fictions, mais avec autant de conviction – qu’il en est de même dans les familles classiques. Les exemples ne manquent pas, parmi lesquels la mère de la petite Lola, malheureusement sous le feu de l’actualité pour des raisons terrifiantes. Protectrices, sachant trouver les mots, parfois même au-delà des paroles, les mamans sont des êtres extraordinaires.

Des bulles pour réflechir

Par Mathieu Depit

À propos de l’auteur de Des bulles pour réflechir … Grand lecteur de BD depuis qu’il est en âge de lire, Mathieu est chroniqueur sur le site “Les amis de la BD” où il commente l’actualité du 9ème art et interviewe scénaristes et dessinateurs.