ou comment l'espoir ne s'éteint pas
Si le grand public associe avec raison la série Michel Vaillant à la course automobile, il faut rappeler qu’elle propose aussi à ses lecteurs bien d’autres éléments. Certes, le personnage principal, Michel Vaillant, est pilote d’à peu près tout ce qui contient un volant et un moteur et les albums racontent en majeure partie ses exploits, mais cette collection débutée par Jean Graton en 1957 est aussi l’histoire d’une famille, avec les joies et les drames que cela comporte. On y est par exemple témoin du mariage de Michel avec la jolie Françoise, de la naissance de Jean-Michel, neveu et filleul de Michel, mais aussi du décès de Jean-Pierre, frère du personnage principal. Ainsi, cette série, en plus de faire vibrer sur de la Formule 1 ou des rallyes, ramène le lecteur à ce qui est finalement l’essentiel : la vie et la mort.
La vie, la mort ! De tout temps, ces notions fondamentales, mais un peu abstraites, occupent les esprits. On y pense plus que jamais en 2025, où un rapport de l’INSEE montre qu’un solde naturel de population négatif est possible. Comprenez qu’à l’heure du bilan de cette année, il y aura sans doute plus de décès que de naissances. Outre les inquiétudes que cela provoque sur des problématiques purement financières et économiques – notamment sur les retraites, mais on n’en est pas à un souci près – on peut s’interroger sur cette situation et sur son (ou ses) « pourquoi(s) ». Certes, la situation n’est pas inédite, mais sa dernière occurrence ne date pas d’hier, puisqu’elle remonte à 1944. On peut aisément comprendre qu’à cette époque, l’heure n’était pas vraiment à songer à fonder une famille et que la mortalité, en temps de guerre et d’occupation quasi barbare, pouvait être élevée. Mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, le contexte est différent, mais peu ragoutant quand même. Entre les problèmes de pouvoir d’achat, les inquiétudes légitimes sur l’emploi, la santé et la sécurité, le tout sur fond de crise politique, voire économique, la vie n’est pas facile pour l’immense majorité d’entre nous. De plus, si nous ne sommes pas en guerre comme en 1944, la Terre est une vraie poudrière qui menace d’exploser et ce, un peu partout. Entre les conflits connus de tous – Proche Orient, Ukraine – ceux moins médiatisés, mais qui menacent – Venezuela, Colombie, Taïwan – ou bien encore les fortes instabilités – Madagascar, Cameroun – les craintes quant à un conflit généralisé ne sont pas totalement absurdes. Si on y ajoute les alarmes sur l’écologie et la possible (probable ?) destruction – par nos soins ! – de la planète, le tableau est effectivement bien noir et peu propice à l’espoir et à l’envie de mettre nos potentiels enfants dans un monde tel que celui-ci. Et pourtant… Malgré tous les points cités, ne faut-il pas penser aux leçons du passé pour construire l’avenir ? Si le solde de population était négatif en 1944, il a ensuite bondi du côté positif, créant le fameux « baby-boom ». Alors, oui, la guerre était finie, la peur envolée et le ciel plus bleu. Mais n’oublions pas qu’après 1945, on a très vite connu la guerre froide, la guerre d’Indochine, d’Algérie et, ailleurs dans le monde, le conflit en Corée, la crise de Suez, les purges communistes, la Chine de Mao, etc. A cette époque où on voulait oublier les horribles années de la Seconde Guerre Mondiale, les peuples ont choisi leur destin et voulu construire leur futur. Et qui peut construire un futur, si ce n’est une descendance ? Sans nier les douleurs que procure le monde actuel, ne peut-on pas s’arrêter quelques instants à méditer ce message simple : si nous rêvons d’un avenir meilleur, ne pouvons-nous pas le créer nous-même, par des enfants à qui on inculquerait un beau message ?
C’est bien le « baby-boom » cité précédemment qui est aussi responsable de la mortalité qui risque de dépasser la courbe des naissances. Inéluctable, la fin de vie est aujourd’hui dans tous les débats, qu’ils concernent l’hôpital ou les longues maladies, et toutes les discussions polémiques liées au suicide assisté ou à la possibilité de mettre fin aux souffrances des agonisants. A cela s’ajoutent évidemment les peines et les tracas en tous genres accompagnant les décès des proches ou même des vagues connaissances, pas forcément issus du « baby-boom » d’ailleurs, ce qui complète encore la noirceur du constat de l’INSEE. Mais, si la statistique n’est pas réjouissante – la perte d’un être cher étant toujours un drame – on peut également voir cet évènement sous un autre angle. Sans enlever le chagrin et la tristesse toute légitime qu’on ressent quand une personne aimée nous quitte, il en reste quand même un petit quelque chose qui n’est pas uniquement du négatif. Même si elle reste difficile à décrire (comment mettre des mots sur quelque chose qui est ancré en soi ?), j’aimerais partager mon expérience. J’ai, en mars dernier, perdu mon père. J’étais à son chevet pour ses derniers jours. Emu avant d’arriver à l’hôpital en sachant que je le verrais pour la dernière fois, j’ai pourtant oublié toutes mes appréhensions juste après avoir franchi la porte de la chambre de réa où il vivait ses dernières heures. J’ai perçu en moi quelque chose d’étrange qui m’a rassuré, et j’ai pleinement pu profiter de lui alors que, si je veux être honnête, je n’étais finalement pas si proche que cela de mon père. Ce même sentiment s’est exacerbé le jour de son enterrement, à la mise en bière et à la cérémonie où j’ai pu parler sans rien montrer de mon émotion. Il ne s’agissait nullement de force ou de courage, mais d’une aide. Celle procurée par un lien matérialisé entre lui et moi qui existait sans doute depuis ma naissance mais a pris toute son importance lors de ma veille, avant qu’il ne parte. Le lien du souvenir fort et puissant que nous avons décidé tous les deux de désinhiber à ce moment tellement important pour lui et pour moi. Ce lien, il est là pour toujours, il est inébranlable. Il montre que la fin n’est pas forcément la fin et que l’espoir, même dans les pires situations, ne s’éteint pas.
Alors oui, le monde est terrible et nous connaissons des drames, collectivement et personnellement. Mais ne peut-on pas faire le pari que malgré cela, l’avenir peut être à nous et que, face à l’adversité, on peut toujours trouver la force de lutter. C’est, sans qu’il l’ait dite, la leçon que m’a donné mon père. Merci papa.
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