Des mythes, des légendes, des mystères...

Le pouvoir de l'imagination?

Des bulles pour réflechir
4 min ⋅ 24/11/2025

La bien connue série Blake et Mortimer narre les aventures d’un génial savant, inventeur, scientifique – le professeur Philip Mortimer – et du chef du MI6 britannique, le capitaine Francis Blake. Dans leurs trépidantes aventures, les deux vieux-garçons sont confrontés à toutes sortes de mystères et de situations rocambolesques allant du récit policier classique aux situations de guerre, le tout presque toujours mâtiné d’un climat de science-fiction. Ils vont même être confrontés aux mythes les plus vivaces de la littérature, comme les voyages dans le temps ou les anciennes civilisations et leurs légendes.

               C’est d’ailleurs le cas dans le dernier opus de leurs tribulations, La menace Atlante, paru en ce mois de novembre 2025, où les deux personnages vont se confronter au fameux mythe de l’Atlantide, cette cité légendaire qui aurait disparu de façon étrange et inexpliquée durant l’antiquité. Le titre de cet album – tout comme son prédécesseur, L’énigme de l’Atlantide, paru en 1954 – rappelle à chacun le pouvoir qu’ont sur nous les séculaires histoires mêlant mystères et légendes, contes dont on ne sait s’ils sont réels ou inventés, énigmes jamais résolues où le fantastique n’est jamais loin. Qu’on ait un esprit rationnel ou non, on connait tous, pour ne citer que quelques exemples, la malédiction de Toutankhamon ayant frappé l’équipe de H. Carter, la bête du Gévaudan, l’alchimiste Nicolas Flamel, le mystère de Roswell, l’épée Durandal aux vertus pour le moins étonnantes, les Cathares et leurs supposés secrets ou bien encore les innombrables exemples de maisons hantées. Sans forcément maîtriser tous les tenants et aboutissants de ces histoires, force est de constater qu’elles sont ancrées dans nos esprits pour une grande partie grâce à la fiction.

Evidemment, les auteurs ne pouvaient laisser passer des sujets si romanesques et propres à faire chavirer le lecteur ou le spectateur. Il est d’ailleurs assez fascinant d’analyser quelque peu la manière dont les écrivains ou scénaristes s’emparent des mythes ou des légendes pour créer leur propre fiction. Ils le font en principe en reprenant une idée bien imprégnée dans le cerveau du public pour y ajouter leur patte et leurs idées, afin de délivrer une intrigue inédite. Pour reprendre l’exemple de La menace Atlante, le scénariste Yves Sente investit l’idée communément acquise (et déjà présente dans l’œuvre du créateur de Blake et Mortimer, EP Jacobs) que les atlantes ont une incroyable avance scientifique sur les terriens et qu’ils vivent dans un monde ultra évolué, tout en gardant certaines coutumes de la Grèce antique. Partant de là, Sente ajoute alors une action liée à la crise énergétique et aux énergies propres pour mieux ancrer son scénario à l’actualité et le personnaliser. En restant dans l’univers de la BD, Tintin est évidemment un exemple parfait de série prenant les plus grands mythes comme point de départ de bon nombre d’aventures. S’il choisissait parfois les grands enjeux bien terre à terre du 20ème siècle, comme l’Amérique, l’Or Noir ou la guerre froide (dans L’Affaire Tournesol), Hergé – le plus souvent influencé par son ami Jacques Van Melkebeke – a souvent utilisé les grands mystères de l’histoire pour nourrir son travail et lui apporter une légère touche de fantastique. Sans même citer le diptyque lunaire ou l’onirique Cigares du Pharaon, on peut bien sûr penser aux Sept boules de cristal et sa suite Le Temple du Soleil qui empruntent à la malédiction de Toutankhamon (qu’il cite d’ailleurs en début d’ouvrage) et à la légende des Incas. Quant à l’album Vol 714 pour Sydney, il va directement du côté de l’ufologie et rend même hommage à Jacques Bergier, ce romancier journaliste ayant participé à créer le mouvement du « réalisme fantastique ».

Ainsi, les grands mythes, les légendes, ne seraient imprégnés dans nos êtres et nos subconscients uniquement grâce ou à cause de la fiction ? Les grands mystères de l’histoire ne seraient que fables ? Cela serait aller un peu vite en besogne. En effet, si le romanesque s’est logiquement emparé d’eux, il ne faudrait pas croire que certains auteurs n’ont uniquement pour but l’invention d’histoires distrayantes auxquelles ils ne croient pas. On a en effet, par exemple, depuis 2005 constamment soupçonné Dan Brown –  dont le fond de commerce est l’exploitation de grands thèmes ésotériques, connus ou non – de propager des histoires complètement fausses issues de son imagination. Celui dont les romans commencent toujours par une page de garde où sont exposés « Les faits » supposés réels sur lesquels il appuie son histoire a, depuis le succès du Da Vinci Code (où il s’inspire de l’étrange destinée du curé de Rennes-le-Château et du mythe du Graal) jusqu’à son dernier roman, le bien-nommé Secret des secrets en effet toujours cultivé l’ambiguïté, comme s’il voulait, sous couvert d’une œuvre de fiction, montrer que les légendes sont finalement bien réelles. Mais cette attitude n’est pas vraiment nouvelle, quand on pense à d’autres exemples. A-t-on oublié que le grand Victor Hugo, peut-être l’auteur le plus connu en France, faisait, chez lui, lors des venteuses soirées d’Hauteville House, « tourner les tables » pour convoquer les esprits ? Y croyait-il vraiment ou sa douleur de père ayant perdu une enfant le guidait-elle vers tous les chemins possibles, même les plus improbables ? Citons aussi Louis Pauwels, qui, tout en créant le peu fantaisiste Figaro Magazine a aussi été le rédacteur du Matin des Magiciens, avec le déjà cité Bergier, ouvrage regorgeant de théories fumeuses imprégnées d’ésotérisme, de pyramidologie ou de sociétés secrètes…

Au final, tous ces mythes, ces légendes, ces mystères font, qu’on le veuille ou non, partie de notre vie. Qu’ils servent à nous divertir, qu’ils nous interrogent ou qu’on s’en fiche un peu, ils ont au moins une jolie vertu : celle de titiller notre imagination et de nous évader de ce monde parfois pesant le temps d’un film, de la lecture d’un livre ou, pourquoi pas, de recherches approfondies.

Des bulles pour réflechir

Par Mathieu Depit

À propos de l’auteur de Des bulles pour réflechir … Grand lecteur de BD depuis qu’il est en âge de lire, Mathieu est chroniqueur sur le site “Les amis de la BD” où il commente l’actualité du 9ème art et interviewe scénaristes et dessinateurs.